Si on poursuit la métaphore sportive, le week-end politique a été riche et le résultat des élections grecques permet à celle-ci de jouer les prolongations. La Grèce conserve ainsi toutes ces chances de poursuivre son aventure dans l’Euro … et de gagner ou perdre le match suivant.
Et ce prochain match est bientôt : en effet, les résultats de ces élections, qui ont permis à la Grèce de former un gouvernement de coalition « pro-memorandum », était le minimum requis pour espérer éviter le chaos. Mais, comme souvent, condition nécessaire est rarement suffisante : Grèce et Europe se retrouvent aujourd’hui, au pied d’un mur qui n’a jamais été aussi abrupt, avec une série de réunion cruciales dans les jours qui viennent :
- Côté ambiance, on repassera : France et Allemagne ont décidé de croiser le fer sur la croissance, les eurobonds, les project bonds, etc… Toute une série de sujets tabous sont désormais sur la table, les noms d’oiseaux aussi.
- Côté calendrier : demain vendredi 22 juin, le match à 4 France, Allemagne, Italie et Espagne donnera le ton du sommet Européen des 28 et 29 juin. En guise de préparation, le Sud en délicatesse avec ses finances, n’a pas hésité à afficher ostensiblement sa proximité, pour mieux isoler l’Allemagne vertueuse et ses exigences. Qu’en sortira-t-il ? réponse demain.
- Sur le fond, les problèmes ont empiré depuis les parenthèses électorales grecques et françaises :
- - Les banques espagnoles sont à l’agonie et seront aidées par le FESF (Fonds Européen de Stabilité Financière), c’est acquis. La question qui taraude les spécialistes est maintenant la suivante : faudra-t-il également un plan pour l’ensemble de l’économie espagnole, à la manière de ce qui a été fait pour le Portugal et l’Irlande ? L’Espagne clame que non, mais il est permis d’en douter.
- - L’autre inquiétude est italienne car malgré la cote élevée de Mario Monti, le plan de rigueur monté à la hâte en Italie risque d’être insuffisant. D’où le rapprochement récent de la France et de l’Italie pour réclamer à Berlin un peu de mansuétude sur le timing de ces réformes. En attendant, les taux obligataires à 10 ans en Italie ont dépassé 6%.
- - Quant à la France, les grisantes soirées électorales sont derrière nous. Place aux décisions : la dette française reste recherchée, preuve que tous les opérateurs de marché semblent persuadés que le nouveau gouvernement taillera finalement dans les dépenses de l’état. Pourtant nos néo-gouvernants jurent mordicus le contraire depuis plusieurs semaines. La résolution de ce hiatus est un des enjeux majeurs à court terme pour la zone Euro. Réponse – cruciale – dans les prochaines semaines.
Pendant ce temps, les nouvelles en provenance des US sont mauvaises, et le redressement n’est pas pour demain. La FED se prépare donc à compléter son dispositif par de nouvelles mesures de soutien à l’économie, pendant qu’Obama enjoint l’Europe à faire de même, et n’hésite pas à prendre à partie directement la chancelière allemande. Ambiance.
On en est là, et tous les paris sont ouverts. Paradoxalement, l’Euro se porte mieux et s’est stabilisé autour de 1.26. Aux importateurs d’en profiter, les coups de tabacs sur l’Euro ne manqueront sans doute pas de se produire dans les prochaines semaines.
Jean-Nicolas HUTIN

Hasard des dates, le calendrier footballistique vient percuter l’agenda européen et les prochaines semaines nous réservent une série de matchs décisifs, tant politiques que sportifs. Au carrefour des deux mondes, la rencontre Allemagne – Grèce de demain, quart de final de l’Euro 2012, revêtira une dimension hautement symbolique et son résultat ne manquera pas d’être interprété.