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Y a-t-il une vie après le AAA ?
Écrit par Eric BOULOT
Mardi, 17 Janvier 2012 00:00
 

Euro dans un étauLe verdict est tombé samedi dernier : S&P a dégradé la notation de la dette de 9 pays de la Zone Euro, ôtant ainsi à la France son sacro-saint AAA. Pour corser le tout, la dégradation s’accompagne d’une mise sous surveillance avec implication négative. Agitation, trépidation, c’était l’événement du week-end, et chacun y est allé de son commentaire sur le pourquoi, sur les effroyables conséquences, sur ces méchantes agences qui nous agressent ...

Finalement, lundi matin, nous nous réveillons, surpris d’être encore en vie. A court terme, les marchés n’ont pas bronché. Référence du coût d’emprunt français, l’OAT 10 ans affiche même un rendement légèrement inférieur à celui de jeudi (3.05% contre 3.07%), et ce matin nous sommes passés sous les 3%. L’Euro a perdu quelques centimes face au dollar, pour les regagner aussitôt.

OQT 10 ans - Yield

Quel est l’impact à long terme de la dégradation ? Le renchérissement de notre coût de financement était déjà dans les cours, et aujourd’hui l’état français se finance à un coût historiquement bas : 3% pour les taux 10 ans, alors qu’ils étaient de 5% dans les années 2000 et entre 4 et 10% tout au long des années 90s. L’argument comme quoi les investisseurs vont se défaire des titres d’état français tient peu car la notation AA+ remplit toujours les critères de qualité de signature auxquels les portefeuilles sont soumis.

Comme souvent, plutôt que de constater notre mauvaise note, lisons le commentaire qui l’accompagne : S&P a insisté sur la nécessité de réformes budgétaires ET de relances économiques, citant l’exemple Irlandais. L’histoire des pays dégradés qui ont récupéré leur AAA donne des raisons de se réjouir et de se lamenter. Bonne nouvelle : comme la France aujourd’hui, le Canada, l’Australie, le Danemark, la Finlande et la Suède s’appuyaient sur des politiques de redistribution généreuses, et tous ont pu corriger leur modèle sans l’abandonner. Mauvaise nouvelle : récupérer leur AAA leur a pris chacun moult efforts, et surtout entre 10 et 20 ans... Au final, espérons que la douloureuse sommation de S&P soit salutaire.

Sur les marchés financiers, un des corollaires de cette situation est que les actifs « sans risque » sont de moins en moins nombreux. Les fameux modèles de portefeuille, basés sur une optimisation d’un portefeuille d’actifs risqués via la diversification, sont de moins en moins adaptés aux conditions financières actuelles. La diversification aujourd’hui n’est plus une qualité recherchée. Témoin le cours des banques françaises, injustement pénalisées pour leurs expositions « à risque » dans les pays périphériques de la zone euro, alors que ces expositions sont nées de leur volonté de croître, de s’internationaliser et de se diversifier hors de leurs marchés domestiques. Pour l'anecdote, l'économiste Harry Markowitz, père de la théorie moderne du portefeuille, a réalisé une partie de ses travaux avec James Tobin, inventeur de la taxe éponyme, et Keynésien convaincu. C'était dans les années 1950-60, comme quoi les débats sur les théories économiques ne datent pas d'hier ...

Importateurs, méfiez-vous car même avec un EURUSD à 1.27, le pire n’est jamais sûr.

Emprunteurs, le swap 5 ans contre 3 mois flirtait hier avec 1.30%, plus bas historique. Profitez-en !

Bonne semaine

Eric BOULOT