Rigueur douce,
Tout d’abord, sachons raison garder. La rigueur française est douce comparée au réel serrage de ceinture de ses voisins européens (les PIGS bien sûr, mais aussi la Grande-Bretagne). Ensuite, campagne électorale 2012 oblige, les économies aussi sont en pente douce : de 7 milliards en 2012, elles grimpent jusqu’à 17 milliards en 2016. Tout cela pour ... contenir la dette sur des niveaux de 85% du PIB, 25% au-dessus des critères de Maastricht.
Ce plan est le minimum vital, et les marchés ne s’y trompent pas : l’écart des emprunts d’état avec l’Allemagne est passé à 1.30% sur le 10 ans. Pire : les marchés de crédit, via les CDS, cotent à presque 10% la probabilité d’un défaut de la France d’ici fin 2016, plus que France Telecom par exemple ! Bref, notre sacro-saint AAA existe encore mais le marché n’y croit plus.
mais rigueur longue
Attendons-nous donc à ce que, dès l’été 2012, surviennent quelques tours de vis supplémentaires. La question à mille milliards : peut-on s’en sortir ? et si oui, dans combien de temps. Les statistiques ne plaident pas pour nous. Lorsqu’ils évoquent des précédents, les économistes citent le Japon, et sa fameuse crise des années 90’. Le parallèle est tentant : bulle spéculative, puis crise des banques, crise du crédit, spirale déflationniste. Le coup d’œil sur l’évolution des taux EUR, USD et JPY n’est pas rassurant : pouls de la vitalité économique locale, les taux courts japonais n’ont pratiquement jamais franchi 1% depuis maintenant plus de 16 ans, avec un électro-encéphalogramme plat entre début 2001 et mi 2006. Devrons-nous en passer par là ?
Pas forcément, car le parallèle s’arrête à la crise de crédit. La France et la Zone Euro possèdent quand même des atouts : une banque centrale indépendante, des entreprises que la cure d'amaigrissement post-2008 a rendu productives, moins nécessiteuses de financement externe et donc capables de développer de la croissance, des bilans de banques mieux provisionnés, et enfin un « soutien forcé » de ses partenaires commerciaux, américains, asiatiques et émergents.
Les banques, elles ne sont pas sorties d’affaire : malgré un refinancement très bon marché (merci M. Draghi), leur business modèle doit être repensé, témoin les 100 000 suppressions d’emplois annoncées dans les grandes banques d’investissement européennes. La crise de 2008 a eu du bon : les entreprises ont appris à se passer d’elles, ou du moins à ne pas en être totalement dépendantes.
Conséquence de cette rigueur désormais avouée : les taux sont bas, et ne sont pas près de remonter. Le swap 2 ans contre Euribor 3M est à 1.20%, pour ceux qui ne seraient pas encore couverts...
Bonne semaine
Eric BOULOT

Cette fois on y est ... « la politique dont on ne doit pas prononcer le nom » est de retour. Dans la zone euro, mais surtout en France. On ne parle plus de relance, ni de rilance, mais bien de rigueur. Annoncée pour 2012, combien de temps durera-t-elle ?