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Emprunts toxiques, le tournant ?
Écrit par Eric Boulot
Jeudi, 22 Septembre 2011 00:00
 

Le sujet des prêts structurés aux collectivités n’est pas nouveau. En 2008, le Canard Enchaîné citait la ville de Tulle, embarrassée par un prêt toxique souscrit auprès de Dexia, dont les taux d’intérêts suivaient une formule compliquée « à déguster avec un tube d’aspirine ». Depuis, la ville de Saint-Etienne, le conseil général de la Seine-Saint-Denis, ainsi que de  nombreuses collectivités ont rejoint le club.

 

L’article de Libération marque cependant une étape décisive, pour plusieurs raisons :

- Ce ne sont plus quelques cas isolés. Au compteur, le club aurait plus de 5 000 membres. Il est désormais certain que Dexia a vendu ces produits de manière industrielle, et que les problèmes sont nombreux. Publiée sur www.liberation.fr, la « carte » de la dette toxique est impressionnante. Bouygues, Orange et SFR ne font pas mieux en termes de couverture du pays. Droite, gauche, nord, sud, grands, petits, commune, conseil général, régional, organisme de logement, hôpital. Tous sont touchés.

- L’ampleur du désastre est réelle. L’article cite un surcoût de 4 milliards d’euros. C’était en 2009, et depuis les conditions de marché se sont dégradées. Le fameux produit Helvetix (les taux d’intérêt montent quand le franc suisse se renforce), coûte aujourd’hui deux à trois fois plus cher qu’en 2009. Si on ajoute à cela les produits structurés vendus par les autres banques, les 4 milliards évoqués sous-estiment grandement l’ardoise actuelle.

- Cette transparence est bienvenue. Lorsqu’elle émet de la dette, une entreprise cotée publie dans ses comptes la valorisation de ce passif. Paradoxalement, une collectivité peut s’endetter sur 30 ans, souscrire à un produit avec des taux d’intérêt supérieurs à 20 ou 30%, sans aucune obligation de quantifier les risques. Libération donne des éléments sur le surcoût de chaque emprunt, obtenus à partir d’un fichier confidentiel de Dexia. Nous pensons que ces informations devraient être publiques. Nul doute que cette transparence occasionnerait quelques débats animés au sein des conseils municipaux, généraux ou régionaux.

En conclusion, le problème est devant nous, il affecte toute la collectivité. Beaucoup ont tenté de le minimiser, ça n’est plus possible. Pour éviter le désastre annoncé, il faut que nous consacrions notre énergie à le résoudre, ensemble. Les banques doivent proposer des solutions acceptables, les élus concernés doivent dès maintenant affronter la réalité de leurs portefeuilles. Le débat reste entier pour déterminer qui doit payer la facture : aujourd’hui, les contribuables sont en première ligne...

Eric Boulot,

Président de Riskedge

Le 22 Septembre 2011