En effet, en quelques semaines, la crise de la dette grecque a changé de nature : par petites touches, au gré des atermoiements européens et des réticences grecques, la perspective d’une faillite de la Grèce est devenue vraisemblable : ordonnée ou pas, elle est maintenant plus ou moins intégrée par les marchés. Après Lehman, un autre tabou est en train de tomber, celui de la faillite d’un état de la zone Euro. Rien de pire qu’un dogme qui tombe pour les marchés et cette nouveauté pose 3 grandes questions qui fragilisent les banques :
Si la Grèce fait faillite, combien d’états européens suivront ? La Grèce est le hors–d’œuvre d’un repas qui pourrait être bien indigeste : l’Espagne, c’est déjà copieux, mais que dire de l’Italie dont la note vient d’être dégradée par Standard & Poor’s ?
Les banques sont-elles sous-capitalisées pour affronter ce type d’évènement ? C’est le FMI qui l’a suggéré cet été, et les européens commencent à l’admettre aujourd’hui. Quelques mois après des stress-test réussis par ces banques, la question peut surprendre, sauf si on se souvient que ces stress-tests ne prévoyaient pas de faillite d’un état de la zone Euro…
Où est le mistigri ? Autrement dit qui détient quoi et combien ? A ce jeu, les banques françaises, dont les cours de bourse ont été massacrées cet été, sont données gagnantes... De manière générale, les banques européennes sont très exposées, soit par le volume de prêts qu’elles ont consentis à ces pays (via des obligations), soit par leurs filiales acquises dans ces pays, et dont les clients pourraient ne plus être solvables à cause de la crise économique.
Cette prise de conscience explique la débandade boursière de cet été. Mais au-delà de leur cours de bourse qui dévisse, le risque pour les banques européennes est de ne plus trouver de prêteur. Tout l’enjeu aujourd’hui est donc d’empêcher une paralysie du marché interbancaire qui ne manquerait pas de provoquer une crise économique majeure. Les grandes banques centrales (BCE, FED, Bank of Japan) viennent de se mobiliser en annonçant il y a quelques jours l’ouverture de leur guichet en USD pour les banques européennes : en clair, celles-ci n’ont déjà plus accès à des liquidités en USD auprès des autres banques.
La confiance reviendra-t-elle ? Les prochaines semaines seront cruciales, avec des décisions importantes sur le versement ou non de l’aide promise à la Grèce.
L’Euro a fini par pâtir de cette situation et l'EUR/USD a décroché brusquement il y a 10 jours en passant de 1.45 à 1.36. S’il est trop tôt pour l’instant pour parler d’inversion de tendance, c’est à coup sûr une opportunité pour les exportateurs en USD après des mois passés au-dessus de 1.40.
Bonne semaine,
Jean-Nicolas HUTIN

3 ans presque jour pour jour après la faillite de Lehman Brothers, les banques européennes sont dans l’œil du cyclone. Comme il y a 3 ans pour les banques américaines, la défiance qu’elles inspirent menace de gripper le marché interbancaire et de plomber sérieusement la timide reprise économique en cours. Aujourd’hui, elles sont redevenues la source d’inquiétude principale des dirigeants et banquiers centraux.