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Le Grèce va-t-elle sortir de la zone Euro ?
 
The devil is in the details *
Écrit par Eric BOULOT
Mardi, 28 Juin 2011 13:00
 

Et si la Grèce faisait défaut... l’Europe s’écroulerait, l’euro avec. On lit partout ce raccourci, qui n’est pas complètement faux. Mais sait-on bien pourquoi ? Alors que les scénarios de sortie de crise sont assez compliqués à élaborer, et très difficiles à analyser, voici un bref rappel sur cet aspect systémique du risque de crédit.

Que se passerait-il si le gouvernement grec décidait de ne plus honorer certains de ses engagements, par exemple de ne pas rembourser une partie des obligations en euros émises au cours de ces dernières années et détenues par : les états, des banques (dont les banques grecques), des assureurs, des particuliers.

La première des conséquences serait bien entendu pour les créanciers. L’encours total de la dette grecque d’état est de plus de 300 milliards d’euros. Les pertes directes pour les créanciers se monteraient au moins à 100 milliards d’euros, principalement répartis entre les états, les banques européennes et les assureurs.

Paradoxalement, les effets secondaires seraient probablement plus dévastateurs. En effet, nombre de contrats entre les différents acteurs des marchés financiers verraient se déclencher des clauses aux conséquences considérables. En premier lieu, les banques grecques ne pourraient plus se financer auprès de la BCE car la garantie requise par la Banque Centrale (la dette souveraine grecque) est en défaut, d’où paralysie totale du système financier grec, et assez rapidement le pays serait obligé de sortir de l’Euro, seule solution pour pouvoir retrouver un peu de fluidité dans son système financier.

On parle aussi beaucoup du déclenchement d’un « Evénement de Crédit » sur les CDS (Credit Default Swaps). De l’avis des acteurs du marché, les encours sont assez modestes (quelques milliards) et donc l’impact de ce côté finalement assez faible.

Enfin, plus grave, le fameux risque de contagion à d’autres pays de la zone euro, Irlande et Portugal, puis ensuite Espagne. L’impact d’un défaut grec sur ces emprunteurs serait tel que les agences de notation les mettraient sous surveillance, ou même abaisseraient leur notation dans la catégorie « spéculative ». Si c’était le cas, alors la spirale infernale pourrait s’enclencher : coût de financement très élevé, vente des titres de ces pays par les fonds d’investissement, donc capacités de refinancement très limitées. Le Fonds de Stabilité Européen ne pourrait pas intervenir sur des montants aussi élevés, et donc assez rapidement, l’euro-système pourrait vaciller.

Les solutions. Toute bonne solution devra traiter d’abord les effets secondaires, donc s’assurer que le système financier grec survit au plan, et surtout que la contagion n’est pas possible. Une fois de plus, c’est une partie de poker qui est engagée entre les marchés financiers, les gouvernements européens et la BCE. Pour l’instant, gouvernements et BCE ont réussi à présenter des solutions crédibles, avec notamment la possibilité d’un « rollover » de la dette sur la base d’initiatives « volontaires » des créanciers privés et conditionnées à l’adoption par le parlement grec de mesures d’austérité supplémentaires. Nul ne sait si ce plan est réalisable, et surtout combien de temps les marchés financiers continueront d’y croire.

Les leçons. On peut gloser à loisir sur pourquoi et comment la planète géopolitique et financière en est arrivée là. Les entreprises pourront aussi réfléchir à cette situation la prochaine fois qu’elles émettront de la dette. Savoir négocier des financements à bon prix est important, mais savoir protéger ses arrières en cas de coup dur est tout aussi précieux. Dans un prêt, les covenants ont leur importance. Aprement négociés aujourd’hui, ils vaudront demain peut-être bien plus que ces points de base « abandonnés » à votre banquier. Ces clauses ne doivent pas être négligées, bien au contraire. Comme disent nos amis anglo-saxons, « the devil is in the details *».

Bonne semaine à tous

Eric BOULOT

 

(*) The devil is in the details : l'enfer est dans les détails